Le musée de l’Acropole à Athènes: Μουσείο Ακρόπολης

Ce musée « est un symbole de la Grèce moderne qui rend hommage à ses ancêtres, c’est le devoir accompli d’une nation vis- à-vis de son patrimoine culturel ».

Antonis Samaras, Ministre grec de la culture.

Vue du musée depuis la terrasse de l'hôtel Herodion, à Athènes

Vue du musée depuis la terrasse de l’hôtel Herodion, à Athènes

Le nouveau musée de l’Acropole est aujourd’hui un lieu emblématique de la ville d’Athènes. Il est situé à trois-cents mètres du Parthénon, dans le quartier de Makriyanni. On envisage sa construction dès 1976 afin d’y exposer et de protéger les œuvres retrouvées dans les fouilles de l’Acropole. Un concours a été lancé et c’est l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi qui a remporté l’appel d’offre. Il a également réalisé, entre autres, le MuséoParc d’Alésia, le siège international de manufacture horlogère à Genève et le Zénith de Rouen. Le musée de l’Acropole devait être inauguré à l’occasion des jeux Olympiques de 2004, mais la découverte de vestiges antiques a fait stopper le chantier et nécessité des fouilles préventives. Il le sera finalement le 20 juin 2009. Ce projet a été financé par l’État grec et le Fond européen de développement régional ; il a coûté 130 millions d’euros. Le musée, qui accueille plus d’un million de visiteurs par an, s’étale sur trois étages et présente un espace d’exposition de 25 000 mètres carrés. Etant un musée archéologique, il est soumis à des contraintes spécifiques.

Un écrin pour les oeuvres

Le nouveau musée de l’Acropole est conçu comme un véritable écrin pour accueillir les œuvres retrouvées sur ce site. Bien que déjà exposées, le musée qui les accueillait jusqu’ici était trop exigu et ne leur assurait pas de bonnes conditions de conservation. L’architecture a donc été pensée pour mettre au mieux en valeur ces œuvres et leur assurer une protection optimale:

« Le musée n’émerge pas seulement d’une collection spécifique, mais doit aussi être de façon prédominante un musée de la lumière naturelle, soucieux de la présentation des sculptures qu’il contient».

Bernard Tschumi, The new Acropolis museum, 2009 (site internet de l’architecte)

 Le problème des fouilles

Les travaux entrepris pour bâtir les fondations du musée ont très vite révélé la présence de vestiges antiques. Il a donc fallu suspendre le chantier pendant plusieurs années afin que des fouilles préventives soient menées. C’est alors que l’idée d’inclure ces ruines au musée, et de les rendre visibles aux visiteurs, est apparue comme une évidence. Pour ce faire, on a fait reposer le musée sur une quarantaine de pilotis. Leur emplacement a été déterminé conjointement par l’architecte et les archéologues afin qu’ils n’endommagent pas les vestiges. Le musée semble ainsi flotter au-dessus de la ville antique. Elle est omniprésente dans le bâtiment et peut être observée par le visiteur depuis divers emplacements ; en cela on peut dire qu’elle fait partie intégrante des collections. Par exemple, sur l’esplanade, une excavation a été faite devant l’entrée permettant une vue plongeante en contrebas. Des vitres insérées dans le sol, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, permettent aux visiteurs qui marchent dessus de contempler ces vestiges qui restent encore visibles depuis le premier étage.

Le choix d’une scénographie minimaliste

La modernité des lignes architecturales du bâtiment ne se dément pas dans le choix des matériaux employés : le béton, l’acier et le verre. Mais ils participent à part entière de ce souci de mettre les œuvres exposées en valeur. Les cimaises sont des plaques rectangulaires en béton sombre qui absorbent la lumière. Les œuvres placées devant s’en détachent d’autant mieux que la lumière joue sur leur marbre et vient en souligner le contour et les volumes. La lumière, en effet, a été un enjeu très important lors de la conception du bâtiment:

« Athènes est connue pour cette lumière extraordinairement belle et précise. Aussi avons-nous voulu éviter un musée « introverti » pour la laisser pénétrer de toutes parts afin d’avoir à la fois cette perfection de la luminosité athénienne et la vue vers l’Acropole et le Parthénon».

Propos de Bernard Tschumi. JACOBI Thomas, « Lumière et histoire ont rendez-vous au nouveau musée de l’Acropole », La Croix, 23/06/2009.

On a voulu que les œuvres soient éclairées par la lumière du jour, comme c’était le cas dans l’Antiquité. Ainsi le musée est-il entièrement ouvert sur l’extérieur et possède, en plus de ces baies, cinquante puits de lumière. Éclairage naturel qui offre par ailleurs un point de vue changeant sur les œuvres selon les variations de lumière qui s’opèrent au fil des heures. Notons que les vitres ont été traitées contre les ultraviolets afin que les pièces des collections ne soient pas endommagées par les rayons du soleil. Bien que moins sensibles que des tableaux, certaines œuvres ont en effet conservé leur polychromie, notamment des Corè qui se trouvent au premier étage. On remarquera également que, dans ce même souci de protection, la construction s’est faite dans le respect des normes antisismiques. Ensuite, on a cherché à conserver l’aspect monumental des œuvres. Cela se voit principalement dans la salle des sculptures archaïques qui est hypostyle. En effet, grâce aux colonnes qui supportent et surélèvent les statues, elles paraissent plus allongées et donnent au visiteur le sentiment de se trouver dans une « forêt de sculptures ». Il en résulte une impression de monumentalité et de sacralité voulues par l’équipe muséale.

Scénographie donc minimaliste qui joue sur les matériaux choisis et l’emploi judicieux de la lumière naturelle afin de mettre les œuvres en valeur et de leur donner toute leur puissance. A ce titre, le musée de l’Acropole peut donc être considéré comme un véritable écrin. Enfin, l’alliance entre architecture moderne et œuvres antiques contribue à souligner l’esthétique et l’intemporalité de ces dernières.

L’organisation interne du musée

Le musée de l’Acropole présente des œuvres provenant des réserves du précédent musée et des fouilles du site archéologique sur lequel il est bâti. Ces collections n’avaient encore jamais été présentées dans leur intégralité. Le musée conçu par Bernard Tschumi est organisé sur trois niveaux, selon un parcours chronologique. Le projet de cet architecte a été choisi « pour la solution simple, claire et belle qu’il apportait, en accord avec la beauté classique des œuvres du musée, et qui assurait une expérience muséologique et architecturale qui fonctionnent et fonctionneront dans le futur» (Dimitrios Pandermalis., directeur du musée).

Un parcours chronologique doublé d’une organisation géographique

Les collections sont exposées sur trois niveaux de manière chronologique, de l’époque archaïque jusqu’au Vème siècle après Jésus-Christ. Mais elles sont également organisées de manière géographique selon une scénographie didactique qui vise à exploiter au mieux la proximité entre le musée et le site archéologique. Ainsi, on a voulu donner au visiteur le sentiment de marcher sur les traces des anciens Athéniens en reproduisant l’itinéraire qu’ils empruntaient pour atteindre le Parthénon. La visite part symboliquement du bas du rocher pour atteindre, au dernier étage, la salle qui traite du Parthénon. Dans le même esprit, des espaces d’exposition sont successivement réservés à l’habitat et au cimetière de l’Acropole, à l’Asclépion, aux antiquités archaïques puis aux Propylées, à l’Erechteion et enfin, bien sûr, au Parthénon à proprement dit, respectant ainsi les différentes states de fouilles.

Salle des versants de l’Acropole

La salle des versants de l’Acropole est la première salle d’exposition du musée. Elle sert en quelque sorte d’introduction à la visite. On y trouve des œuvres que l’on a découvertes, comme son nom l’indique, sur les versants de l’Acropole. Dans de grandes vitrines, situées le long des murs en béton, sont présentés des objets du quotidien de façon thématique : le monde des femmes, la céramique, la vie économique, les offrandes votives. Le sol en verre permet au visiteur de marcher au-dessus des fouilles et de les admirer. On peut également remarquer que le sol est assez pentu afin de signifier visuellement au visiteur que les objets qu’il observe ont été retrouvés sur les flancs de l’Acropole. Au bout de ce long couloir se trouve une volée de marches et le fronton de l’Hecatompédon. Ses fragments sont insérés dans une forme triangulaire qui rappelle la forme du fronton originel. Le choix de cet emplacement permet de faire le lien entre la première salle et celle qui présente les œuvres archaïques.

Salle des sculptures archaïques

Nous avons déjà évoqué précédemment la salle des sculptures archaïques pour sa muséographie particulière. Des œuvres de la période archaïque y sont exposées. On peut y voir des éléments décoratifs d’architecture et des sculptures. Les œuvres sont présentées de façon à ce que l’on puisse en faire le tour, même en ce qui concerne les éléments de fronton. La pièce est entièrement ouverte sur l’extérieur : le musée interagit tout à la fois avec la ville moderne et le Parthénon où les œuvres ont été retrouvées.

Salle des antiquités archaïques, photo: Esto

Salle des antiquités archaïques, photo: Esto

Premier niveau, parties ouest et nord

Les salles du premier niveau, dans les parties ouest et nord, regroupent des œuvres classiques et d’époques postérieures. C’est également ici que l’on peut trouver les objets provenant des Propylées, du temple d’Athéna Niké et les Caryatides. Les différents espaces du bâtiment s’interpénètrent ; ainsi peut-on apercevoir les Caryatides depuis plusieurs endroits du musée, notamment du rez-de-chaussée. On trouve également dans ces salles des stèles inscrites et décorées. Leur présentation est assez intéressante. On prendra l’exemple du relief de Lenormant qui figure une trière. Comme il ne reste que quelques fragments de l’œuvre, on a reconstitué et dessiné les parties manquantes sur le mur si bien que le motif semble être continu.

Relief de Lenormant

Les espaces d’expositions temporaires et les temps de pause

Les espaces d’expositions temporaires et permanentes se distinguent des lieux de circulation et des communs par les matériaux utilisés. En effet, leur sol est en marbre rose d’Hélicon tandis que les espaces de circulation sont traités en marbre noir de Macédoine. Cette distinction permet ainsi au visiteur de se repérer dans les différents lieux qui composent le musée. Les expositions temporaires sont installées au rez-de-chaussée, dans un espace qui leur est dédié. Un café- restaurant, au niveau de l’entresol, propose aux visiteurs de faire une pause dans leur parcours avant d’entrer dans la salle la plus importante du musée. Cet emplacement peut paraître étrange mais il permet au visiteur, qui a déjà découvert beaucoup de choses, d’aborder reposé et l’esprit ouvert la salle du Parthénon qui est assez dense. Notons que l’on a d’ici une superbe vue à l’extérieur sur le monument lui-même.
Nous nous intéresserons à la salle du Parthénon dans une prochaine partie, car il s’agit de l’un des enjeux majeurs du musée.

L’importance de replacer les œuvres dans leur contexte

Les concepteurs du musée ont mis un point d’honneur à mettre en évidence le lien entre les œuvres du musée et le Parthénon. Ce lien est d’abord souligné par l’architecture. En effet, on a pu parler de la première salle qui reprend et simule la forme pentue des versants de l’Acropole. Les Caryatides, situées au premier niveau, sont également disposées de la même façon qu’à l’origine dans le temple ; leur agencement tenant compte de l’absence de l’une d’entre elles, exposée à Londres. Par ailleurs, c’est la première fois que leur disposition permet au visiteur d’en faire le tour.

De plus, le musée étant largement ouvert sur l’extérieur, le visiteur peut voir les œuvres en parallèle avec le Parthénon où elles ont été retrouvées. La dernière salle du musée illustre très bien cette volonté. Les frises du Parthénon y étant exposées, le lien avec le monument a donc fait l’objet d’une attention toute particulière. En effet, le troisième étage est décalé par rapport aux autres afin qu’il se présente sur le même axe et avec la même orientation que le Parthénon. En outre, la reconstitution de la frise est aux mêmes dimensions que l’œuvre originale ; des piliers en béton scandent la frise de la même façon que les piliers doriques le font au niveau du temple. On a laissé des espaces vides lorsque des métopes manquaient : il importait toujours de respecter les dimensions.

La salle du Parthénon : un enjeu politique

Mais il y a un autre enjeu majeur pour la construction du musée, politique celui-ci. En effet, l’État grec avait demandé la restitution des frises qui se trouvent au British museum quelques années auparavant. L’Angleterre avait répondu négativement au prétexte que la Grèce n’avait pas d’espace adéquat pour les recevoir ainsi que de trop mauvaises conditions de conservation. Le nouveau musée de l’Acropole a donc été érigé également dans le but de convaincre le British museum. Mais ce dernier refuse toujours de restituer des œuvres qu’il dit avoir acquises légalement. Par ailleurs, son but étant de présenter les arts du monde de manière encyclopédique, il ne souhaite pas s’en séparer :

« Le British museum étudiera bien évidemment toute demande de prêt de n’importe quelle partie de ses collections et de transport des œuvres, dans le cadre d’emprunts à court terme. Il est en revanche inconcevable d’envisager un prêt à long terme de l’intégralité des marbres du Parthénon que nous conservons.»

Hannah Boulton, porte-parole du British museum : MOREL Guillaume (propos recueillis par), « L’Angleterre doit-elle rendre les marbres du Parthénon ? », Connaissance des Arts, Avril 2008.

Face à ce refus, le musée de l’Acropole a donc choisi de faire réaliser des moulages des plaques qui se trouvent en Angleterre et de les présenter dans la dernière salle du musée, aux côtés des originaux qu’il possède.

Photo: Christian Richters

Photo: Christian Richters

Soulignons encore que le visiteur n’évolue pas dans une suite de salles traditionnelles mais suit une boucle tridimensionnelle  qui le guide dans l’édifice. Ceci a été voulu par l’architecte :

« Le circuit de visite dans le musée forme une boucle tridimensionnelle claire, offrant une promenade architecturale avec une expérience spatiale riche qui s’étend des fouilles archéologiques jusqu’aux Marbres du Parthénon et la période romaine. La narration spatiale combine mouvement linéaire avec le récit de l’art et de l’histoire. Le mouvement dans et à travers le temps, toujours une dimension cruciale de l’architecture, est un aspect important pour ce musée en particulier».

Ce lieu est vaste et peu ou prou conçu comme une réplique du Parthénon et de l’Acropole. Néanmoins la conception du musée, rappelons-le, a fait aussi une large place à la modernité. Mais cette juxtaposition très marquée entre ancien et moderne contribue encore à mettre en exergue la dimension esthétique et intemporelle des œuvres antiques.

Cliquez ici pour voir le site internet du musée

C.P

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