Iconographie hindoue

La religion hindoue tire sa source du védisme, religion qui a été apportée par des envahisseurs aryens au deuxième millénaire avant notre ère. Les Védas sont donc des textes sacrés dont le nom signifie « savoir ». Ils ont été composés entre 1500 et 500 BC. Parallèlement à ces textes, la religion hindoue se nourrit de deux grandes épopées versifiées: le Mahâbhârata et le Ramayana.

Le Mahâbhârata, dont le titre signifie « la grande guerre des Bharata », raconte la guerre qui a lieu entre les Pândavas et les Kaurava.

« Une armée ennemie doit être attaquée par ses adversaires quand elle est fatiguée, éparpillée, quand elle mange, quand elle est en marche ou au moment où elle entre dans un territoire,

Au milieu de la nuit quand elle est endormie, quand elle a perdu ses chefs, quand ses guerriers sont en déroute, ou quand elle divise son unité

Le glorieux fils de Drona décida ainsi de massacrer les Pândava endormis, ainsi que les Pâñcâla. »

Le Ramayana raconte le parcours du prince Râma qui est un avatar du dieu Visnu. On se souvient bien sûr du fameux épisode de l’enlèvement de Sîta.

« Sîta est mon illustre épouse: Râvana me l’a ravie, sans rencontrer d’obstacle car mon frère et moi étions sortis du Djanasthâna. […] Parle-nous de Sîta, de son ravisseur et du lieu où mon épouse fut emmenée: fais-nous ce plaisir infiniment agréable, si tu en sais quelque chose dans la vérité. » (Tome premier)

Râma tuant le démon Marîca, moulage d'un fronton d'Angkor Vat, musée Guimet

Râma tuant le démon Marîca, moulage d’un fronton d’Angkor Vat, musée Guimet

Il existe de nombreux dieux dans le panthéon indien, cette religion est d’ailleurs qualifiée de « religion aux 33 millions de dieux ». Néanmoins trois dieux principaux de distinguent: Brahma, Siva et Visnu. On appelle cette triade la Trimurti. On pourra donc s’intéresser à leur iconographie ainsi qu’à celle de certains membres de leurs familles.

Brahma

C’est le dieu de la Création. Il est parfois représenté assis sur un lotus car il est né de cette fleur, sortie du nombril de Visnu. Il a quatre têtes, même si on en représente souvent que trois. De ses quatre bouches il a énoncé les Védas. C’est également le dieu du rituel et du savoir: il tient donc généralement un manuscrit et une louche (ou cuillère rituelle) servant à servir le ghee (sorte de beurre).

On considère ce dieu comme étant une manifestation de Visnu.

Visnu

Ce dieu est chargé de préserver la Création. La couleur bleue de sa peau montre sa suprématie, ainsi que ses quatre bras: il est « supra-mondain ». Il porte généralement une tiare royale cylindrique ou à pagodons. La conque (dont le son symbolise le début de la vie), le disque solaire et la massue (symbolisant la puissance de connaître) sont ses attributs. Il est parfois représenté couché sur le serpent Ananta, en attendant la dissolution de l’ancien monde et la naissance de Brahma qui va en créer un nouveau. Son épouse principale est Lakshmi, déesse de la fortune.

Ce dieu a de nombreux avatars: à chaque fois que le monde est en danger il descend sur terre et s’incarne sous différentes formes. On en compte dix principaux parmi lesquels le prince Râma, l’homme-sanglier (Varaha), l’homme-tortue (qui apparaît lors de l’épisode du « barattage de la mer de lait »), Krishna, Bouddha…

Le barattage de la mer de lait:

Au premiers âges de la mythologie indienne avait lieu une guerre entre les dieux (deva) et les démons (asura) qui voulaient dominer le monde. Les dieux étant affaiblis et mortels, tout comme les démons, ont demandé à Visnu de les aider à obtenir l’élixir d’immortalité. Il faut baratter la mer de lait afin de l’obtenir. Ils ont donc déplacé le mont Mandara sur une tortue (avatar de Visnu)  afin qu’il flotte sur la mer. Afin d’engendrer un mouvement de rotation ils ont enroulé le serpent Vâsuki, roi des Nâgas, autour de la montagne. En tirant alternativement de chaque côté du serpent ils ont pu extraire l’élixir de la mer de lait. Les deva, devenus immortels, gagnent le combat et envoient les démons aux enfers.

Le barattage de la mer de lait, fragment de tympan, Cambodge, XIIIe siècle, grès, musée Guimet

Le barattage de la mer de lait, fragment de tympan, Cambodge, XIIIe siècle, grès, musée Guimet

Siva

C’est le dieu de la destruction et de la recréation. Son troisième oeil frontal est lié à sa sagesse. Il tient généralement un trident qui symbolise la Trimurti, un serpent et un tambour à boules. Il a  une coiffure d’ascète où l’on peut voir un croissant de lune et est souvent vêtu d’une peau de tigre ou de cerf, cela marque sa maîtrise de la nature. Il est peu vêtu puisqu’il est ascète.

Tête de Siva, temple du Phnom Bok, Xe sièce, grès, musée Guimet

Tête de Siva, temple du Phnom Bok, Xe siècle, grès, musée Guimet

Il existe différentes manifestations de ce dieu:

– Tout d’abord on peut le représenter sous la forme du linga. C’est la représentation d’une force fertile, créatrice.

On peut mentionner l’épisode de l’origine du linga. Visnu et Brahma se disputaient, chacun se considérant comme le plus grand des dieux. Soudain, une grande colonne de feu surgit de l’eau. Celui qui aura mesuré la hauteur de la colonne se verra accordé le titre de plus grand dieu. Visnu se transforme en sanglier et plonge dans l’eau tandis que Brahma se transforme en oiseau et vole vers le haut de la colonne. Ils n’arrivent pas à en atteindre les extrémités. Siva apparaît alors et leur explique que ce linga est le symbole de sa force et de son pouvoir. Visnu et Brahma reconnaissent alors sa suprématie.

Siva apparaissant dans le linga de feu, XIIIe siècle, musée Guimet

Siva apparaissant dans le linga de feu, XIIIe siècle, musée Guimet

Siva Bhairava (« qui fait peur »): il est représenté alors qu’il vient de couper la cinquième tête de Brahma. Il tient une coupe crânienne dans sa main. Le chien l’accompagne parfois: c’est une créature jugée impure puisque carnivore.

Siva enseignant: il tient alors un rosaire, la flamme de la connaissance et un manuscrit. Il a le pied posé sur le nain de l’ignorance. Il esquisse le geste de l’enseignement: l’index et le majeur sont joints.

Siva maître de la connaissance, XIIe sièce, granit, musée Guimet

Siva maître de la connaissance, XIIe siècle, granit, musée Guimet

– Enfin on pourra parler du Siva Nataraja, c’est à dire dansant. Il esquisse en effet les mouvements de la danse de la béatitude:

1) il agite son tambour et rythme la création de l’univers

2) il fait le mudra de l’absence de crainte afin de préserver l’univers

3) il détruit le monde; il tient alors une flamme dans une coupelle

4) il piétine le nain de l’ignorance

5) Enfin il fait une enjambée vers le ciel: cela délivre l’âme individuelle des dévôts

La femme de Siva est Uma, aussi appelée Parvati.

Leur premier fils est Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. Il a une cordelette qui lui permet de lier les démons. Son animal-attribut est le rat, symbole de l’intelligence.

Leur fils cadet est Skanda. C’est le dieu de la guerre et de l’ascèse. Ainsi tient-il une arme de geai ou un foudre, un fer de lance. On peut aussi lui associer un paon, animal qui lui a été offert par le dieu du feu.

C.P

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Les conventions de l’art égyptien

L’art égyptien a pour objectif de faire régner l’ordre dans le monde, la maât, de permettre la recréation permanente de l’univers. Il vise également à assurer la survie des défunts dans l’au-delà.  Un certain nombre de conventions le régissent donc dans ce but.

Symbolique des couleurs et des matériaux

Les égyptiens sont sensibles au monde qui les entoure et la symbolique de ce qu’ils représentent découle en général de leurs observations.  Ainsi, par exemple la quartzite, pierre rouge qui emmagasine la chaleur et la restitue le soir, sera employée logiquement lors de la construction de monuments solaires. La pierre chez les égyptiens est  un matériau d’éternité et on notera que l’albâtre est pour eux un substitut de l’argent.

Selon la coutume, les dieux sont censés avoir des os en argent, une chair en or, des cheveux en lapis lazuli (le plus beau venant d’Afghanistan), des yeux en cornaline. C’est ce que l’on retrouve sur le masque de Toutankhamon.  La couleur de la chair d’Osiris s’explique ainsi par le symbolisme du vert, couleur de la résurrection.

Un défunt devant Osiris, Livre des morts, 1400 BC, British museum

Un défunt devant Osiris, Livre des morts, 1400 BC, British museum

On observe également une différence de couleur entre la chair des hommes et celle des femmes.

La grille de proportion et la représentation des personnages

Le corps humain est représenté dans une grille de proportion, basée sur la coudée égyptienne. Ce quadrillage appraraît déjà à l’époque pré-dynastique: deux carreaux pour la tête, dix pour le corps et six à partir des genoux. Seules exceptions: à la période amarnienne (1353-1327) elle comportera 18 carreaux et 21 à la Basse époque (664-323) car l’on passe à la coudée royale. http://www.egyptologica.be/section_egyptologie_egyptologica/article_egyptologie.php?ID=30

Les personnages sont représentés avec un faux profil: les jambes et la tête de profil mais le buste et l’œil de face. De plus les hommes sont toujours en attitude dite « de la marche » ce qui montre leur activité et leur importance dans la société.

L’aspectivité et la perspective rabattue

Pour les égyptiens tout ce qui est représenté est vrai dans l’au-delà. Ainsi on doit tout montrer de manière significative, ne pas masquer le contenu d’un objet par exemple.

Le jardin de Nebamon, fragment de paroi peinte (prob. TT 146), XVIIIe ou XIXe dynastie, British Museum, BM 37983.

Le jardin de Nebamon, fragment de paroi peinte (prob. TT 146), XVIIIe ou XIXe dynastie, British Museum, BM 37983.

Ainsi sur les stèles funéraires toutes les offrandes sont-elles montrées. Sur la stèle de Nefertiabet on a véritablement une liste de ce qui pourrait servir à la princesse: du pain, des cruches de bière, du linge…

Stèle de Nefertiabet, stèle memphite, 2500 BC, 37x52 cm, calcaire polychrome, Louvre

Stèle de Nefertiabet, stèle memphite, 2500 BC, 37×52 cm, calcaire polychrome, Louvre

Si l’on place une statuette représentant un canard troussé dans une tombe, il devient alors véritablement un aliment pour le défunt.

Egypte, Ancien Empire, VIe dynastie. Long. : 9,5 cm

Egypte, Ancien Empire, VIe dynastie.
Long. : 9,5 cm

La symétrie est aussi très importante pour les égyptiens: il convient de ne pas perturber la maât, l’ordre universel.  On notera également une association systématique entre les hiéroglyphes et les images.

Pectoral du pharaon Sésostris II, Dahshour , XIIe dynastie, Le Caire, musée égyptien

Pectoral du pharaon Sésostris II, Dahshour , XIIe dynastie, Le Caire, musée égyptien

Les notions de durée et de temps

Le temps qui passe est assez difficile à exprimer. Les égyptiens ont trouvé des méthodes pour y parvenir comme par exemple juxtaposer les mouvements tel un « cartoon » ou montrer le personnage à différents moments de sa vie.

Scène de combat, tombe de Baqet à Beni Hassan, XIIe dynastie

Scène de combat, tombe de Baqet à Beni Hassan, XIIe dynastie

C.P